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Alternative Gaulliste
POUR LE SOCIALISME PAR LA PARTICIPATION

   
   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

De la notion de troisième voie

Les discours du Premier ministre britannique ont remis à la mode la notion de troisième voie économique et sociale. La troisième voie théorisée par Tony Blair n'a cependant rien à voir avec celle prônée par Charles de Gaulle. Les deux autres voies rejetées ne sont en effet pas les mêmes.

La troisième voie de Tony Blair se situe dans le système capitaliste entre le néo-libéralisme et la social-démocratie. Alors que la troisième voie gaulliste se situe entre le système capitaliste et le système marxiste: “La police, ni les tribunaux, n'atteindront le mal dans sa source, qui est le système économique et social actuellement en vigueur. Il faut avoir, tandis qu'il en est temps, assez d'esprit et de cœur pour réformer ce système là. Les primes, les conventions collectives, ne sont que des palliatifs qui ne résoudront pas le problème. En vérité, il n'y a que deux solutions: le Communisme ou l'Association”*. La troisième voie gaulliste ne se veut donc pas réformiste (projet social-démocrate d'humaniser le capitalisme) mais révolutionnaire (remplacer le capitalisme par un autre système).

Anticapitaliste, la doctrine sociale gaulliste n'en rejette pas moins la désastreuse solution marxiste de l'économie administrée: “Il y a le Communisme qui dit: créons d'office le plus possible de biens matériels et répartissons-les d'office de telle sorte que personne n'en dispose à moins qu'on ne l'y autorise. Comment ? Par la contrainte. La contrainte morale et matérielle constante, autrement dit, une dictature qui est implacable et perpétuelle (...) Non, du point de vue de l'homme, la solution communiste est mauvaise”*.

Favorables à une économie de marché régulée, les gaullistes rejettent cependant le mode de production capitaliste: “Le Capitalisme dit: grâce au profit qui suscite l'initiative, fabriquons de plus en plus de richesses qui, en se répartissant par le libre-marché, élèvent en somme le niveau du corps social tout entier. Seulement, voilà ! la propriété, la direction, le bénéfice, des entreprises dans le système capitaliste n'appartiennent qu'au capital. Alors, ceux qui ne le possèdent pas se trouvent dans une sorte d'état d'aliénation, à l'intérieur même de l'activité à laquelle ils contribuent. Non, le Capitalisme du point de vue de l'homme n'offre pas de solution satisfaisante”*.

L'objectif de la troisième voie gaulliste, qui s'inspire du socialisme associationniste (non marxiste) et du christianisme social, est donc de remplacer la propriété capitalistique des moyens de production et le salariat par une propriété associative des moyens de production, à travers l'Association capital-travail ou Participation.


*Charles de Gaulle, Discours et Messages.

© Laurent Pelvey
 

 

Qu'est-ce que la participation ?

La participation gaulliste se décompose en trois volets indissociables : la participation au capital, la participation aux résultats et la participation aux responsabilités.

La participation au capital (ou actionnariat salarié) est l'accès des travailleurs à la propriété des moyens de production, c'est-à-dire au capital social de leur entreprise. Elle aboutit donc progressivement à l'abolition de l'opposition (lutte des classes) entre capitalistes, propriétaires des moyens de production, et travailleurs, animateurs des moyens de production en contrepartie d'un salaire.

La participation au capital a été particulièrement développée lors des opérations d'ouverture du capital des entreprises publiques effectuées par les gouvernements Chirac (1986-1988) et Balladur (1993-1995). La loi du 25 juillet 1994 prévoit en outre la représentation, facultative, d'un ou deux salariés-actionnaires au conseil d'administration lorsque les salariés détiennent plus de 5% du capital de leur entreprise.

En ce qui concerne les options d'achat d'actions (stock options), il est urgent de rendre leur attribution transparente et réellement étendue à tous les salariés (les options discrétionnaires d'achat d'actions sont actuellement réservées, de fait, aux seuls cadres dirigeants).

La participation aux résultats est un système collectif de revenu non salarial lié aux bénéfices ou à toute autre mesure des résultats de l'entreprise. Contrairement au salaire, fixe, la participation aux résultats est donc aléatoire. La participation aux résultats est inséparable, pour certains gaullistes, de la participation au capital, vers laquelle elle doit mener à travers une participation aux résultats par l'actionnariat (objectif de l'amendement Vallon du 12 juillet 1965).

L'ordonnance du 7 janvier 1959 “tendant à favoriser l'association ou l'intéressement des travailleurs à l'entreprise” a institué un premier régime, facultatif, de participation immédiate aux résultats.

L'ordonnance du 17 août 1967 “relative à la participation des salariés aux fruits de l'expansion des entreprises” a institué un second régime de participation différée aux bénéfices (les sommes sont bloquées cinq ans au sein d'une “réserve spéciale de participation”). La nature des droits des salariés peut consister en droit de créance (participation délivrée en espèces) ou en droit sur le capital (participation délivrée en actions). Ce régime est actuellement obligatoire à partir de cinquante salariés.

La participation aux responsabilités (ou cogestion) se présente comme “la transposition sur le plan économique de ce que sont dans l'ordre politique les droits et les devoirs du citoyen”. L'enjeu de la cogestion gaulliste est la participation des salariés aux responsabilités en tant que tels, indépendamment de la représentation des salariés-actionnaires.

Initié par l'ordonnance du 22 février 1945 instituant les comités d'entreprise, il s'agit du volet le moins développé de la participation gaulliste. L'ordonnance du 21 octobre 1986 ne prévoit en effet qu'une participation facultative des salariés au conseil d'administration de leur entreprise.

Face à l'hostilité de la gauche (attachement à la lutte des classes), qui, au mieux, n'a envisagé la cogestion que dans le secteur public (loi de démocratisation du 26 juillet 1983), et face à l'hostilité de la droite, qui n'accepte que la participation financière pour la substituer à la politique salariale, il est grand temps pour les gaullistes de replacer la Participation au cœur de leur projet pour la France.

 


faux amis


Plusieurs notions se rapprochent de celle de participation gaulliste. Il faut cependant bien distinguer la participation gaulliste de ses cousins, plus ou moins éloignés :

  • l'épargne salariale : système facultatif d'épargne au sein d'un Plan d'Épargne d'Entreprise (PEE). Bloquées au minimum cinq ans, les sommes sont versées volontairement par les salariés et peuvent être complétées par une aide de l'entreprise (appelée abondement) ; les sommes versées peuvent également provenir de la participation aux résultats. Plusieurs projets de fonds de pension à la française consistent à orienter une partie de l'épargne salariale en direction d'une épargne-retraite.
     
  • le capitalisme populaire : version du système capitaliste dans laquelle le plus grand nombre de personnes est détenteur d'actions (actionnariat populaire). Il ne faut donc pas confondre capitalisme populaire (notion d'actionnaires individuels) et actionnariat salarié (notion de salariés-actionnaires).
     
  • l'autogestion : se distingue essentiellement de la cogestion gaulliste par son rejet des principes de hiérarchie et d'autorité. Contrairement à la gauche autogestionnaire, le gaullisme ne remet en effet pas en cause le rôle dirigeant du chef d'entreprise : "Délibérer c'est le fait de plusieurs et agir c'est le fait d'un seul ; ce sera vrai dans la participation comme c'est vrai partout et dans tous les domaines" (Charles de Gaulle).Les discours du Premier ministre britannique ont remis à la mode la notion de troisième voie économique et sociale. La troisième voie théorisée par Tony Blair n'a cependant rien à voir avec celle prônée par Charles de Gaulle. Les deux autres voies rejetées ne sont en effet pas les mêmes.

© Laurent Pelvey
 

 

participation gaulliste

 

 

 

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